Sur les pas de Cézanne, à Aix-en-Provence et aux alentours
Sur les pas de Cézanne, à Aix-en-Provence et aux alentours

Vue sur la montagne Sainte-Victoire (Provence-Alpes-Côte d'Azur, France) - ©Jef Wodniack/iStock
Des musées du vieil Aix aux falaises ocre de la carrière de Bibémus, on vous emmène sur les pas de Paul Cézanne à travers les lieux où il a vécu, peint et posé les bases de l'art moderne. Un parcours provençal entre ateliers, bastides et grands paysages.
Au cœur du vieil Aix, dans le quotidien du peintre
Les clous de bronze, fil conducteur dans la vieille ville
Peu de cités françaises entretiennent un lien aussi étroit avec un peintre qu’Aix-en-Provence avec Cézanne. Né au 28 rue de l’Opéra le 19 janvier 1839, l’artiste a vécu et travaillé ici pendant près de 60 ans, et vous retrouvez la trace de cette intimité jusque dans les pavés. Depuis 1990, des clous de bronze frappés d’un « C », incrustés dans la pierre, relient ses adresses sur un parcours d’environ trois kilomètres à travers le centre historique. Vous passez devant l’ancien collège Bourbon, aujourd’hui Mignet, où l’adolescent noua avec Émile Zola une amitié déterminante, puis longez le cours Mirabeau et ses platanes centenaires en direction du café des Deux Garçons, repaire de ses soirées, avant de remonter vers la cathédrale Saint-Sauveur, théâtre de ses obsèques en 1906. Le tracé vous mène de façades ocre en fontaines chantantes, dans un décor que le temps a remarquablement peu changé.
Chez le chocolatier Puyricard, rue Rifle-Rafle, vous repartez avec des « clous de Cézanne », des bouchées de chocolat noir inspirées des étapes du parcours. De quoi prolonger idéalement la balade dans le centre ancien.

Fontaine du Roi René sur le cours Mirabeau à Aix-en-Provence (Provence-Alpes-Côte d'Azur, France) - ©xbrchx/iStock
Le musée Granet, première école de dessin de Cézanne
À deux pas du cours Mirabeau, dans le quartier Mazarin, vous poussez la porte du musée Granet, installé dans l’ancien prieuré de Saint-Jean-de-Malte. C’est entre ces murs que le peintre apprend à dessiner, suivant les cours de l’école municipale de 1857 à 1862, avant de partir pour Paris. Les collections, qui couvrent quatre siècles de peinture, de Rembrandt à Giacometti, conservent dix de ses toiles, dont les célèbres Baigneuses (1890). À la chapelle des Pénitents blancs toute proche, vous poursuivez l’immersion avec la donation Jean Planque, riche d’œuvres de Renoir, Van Gogh et Picasso. De salle en salle, vous saisissez la place du maître aixois dans la naissance de l’art moderne.
Aux portes d’Aix, la bastide familiale et le dernier atelier du peintre
La bastide du Jas de Bouffan, berceau de l’œuvre cézannienne
À l’ouest d’Aix-en-Provence, vous rejoignez le Jas de Bouffan, demeure familiale du XVIIIe siècle entourée de platanes, où Paul Cézanne vit et travaille de 1859 à 1899. Au rez-de-chaussée, dans le grand salon, vous découvrez ses premières peintures murales, dont une partie a refait surface lors de restaurations récentes. Rénovée en 2025, la maison dévoile une vaste cuisine provençale, le premier atelier de l’artiste et des chambres d’époque. Dans le parc aux bassins, des chevalets reproduisent les toiles nées sur place, comme Le Bassin du Jas de Bouffan en hiver (1878) et Vue prise du Jas de Bouffan (1875-1876). Vous comprenez mieux, en parcourant ces allées ombragées où filtre la lumière du matin, combien le paysage domestique a nourri les recherches du peintre sur la couleur et la composition.
L’atelier des Lauves, ultime théâtre de sa création
Sur la colline des Lauves, au nord d’Aix, vous montez jusqu’à l’atelier que Cézanne fait bâtir en 1901, pensé pour capter la lumière grâce à sa large verrière orientée au nord. Le peintre y œuvre chaque jour jusqu’à sa mort, en 1906, et compose ici une partie de sa série des Grandes Baigneuses (1894-1906). Dès l’entrée, vous découvrez son chevalet, ses vêtements et les objets de ses natures mortes, figés dans une atmosphère de travail interrompu. Après une importante restauration, l’atelier vous donne accès, pour la première fois, au rez-de-chaussée ainsi qu’à une oliveraie replantée dans le jardin. Du chemin voisin, vous embrassez les toits de la ville au loin et la silhouette de la Sainte-Victoire, motif que Cézanne a peint sans relâche depuis cet endroit précis.
La visite du Jas de Bouffan, de l’atelier des Lauves et des carrières de Bibémus se réserve auprès de l’office de tourisme d’Aix. Pensez à le faire à l’avance, surtout en été, car les places partent vite.

L'atelier de Cézanne sur les collines d'Aix-en-Provence (Provence-Alpes-Côte d'Azur, France) - ©lynnebeclu/Getty Images Plus
Autour d’Aix, les paysages provençaux peints sur le motif
Les carrières de Bibémus, falaises d’ocre face à la Sainte-Victoire
En quittant la ville vers l’est, vous pénétrez dans le territoire de plein air de Cézanne, celui des roches taillées et de la lumière crue. Sur le plateau de Bibémus, entre Aix et la montagne Sainte-Victoire, d’anciennes carrières exposent la pierre jaunâtre qui a servi à bâtir les hôtels particuliers aixois aux XVIIe et XVIIIe siècles. Cézanne y peint 11 huiles et 16 aquarelles entre 1895 et 1904, louant un cabanon pour entreposer toiles et matériel. Les représentations de ce relief minéral, où le peintre joue sur la géométrie des volumes et les contrastes de couleurs chaudes, marquent le début du cubisme. Sur réservation, vous suivez la visite guidée des carrières : vous descendez d’abord dans un canyon, puis gagnez un belvédère ouvert sur la Sainte-Victoire et cheminez parmi des reproductions placées à l’endroit même des lieux peints par l’artiste.
La montagne Sainte-Victoire, le motif d’une vie
Depuis les terrasses d’Aix-en-Provence, vous apercevez déjà la Sainte-Victoire, longue crête calcaire qui barre l’horizon à l’est de la ville. Aucun sujet n’a autant habité Cézanne, qui lui consacre plus de 60 huiles et aquarelles, traquant sans relâche les variations de lumière sur ses flancs. Pour retrouver ses points de vue, vous empruntez la D17 au sud-est de la cité, ancienne route du Tholonet rebaptisée « route Cézanne », qui serpente entre pinèdes et sols rougeoyants en direction de la montagne. C’est le long de cet itinéraire que le peintre s’installe dès 1888, louant une pièce au Château Noir, demeure solitaire aux volets sombres aujourd’hui fermée au public. Classé Grand Site de France, le massif se découvre par une boucle routière qui en révèle les deux visages : paroi verticale au sud et reliefs plus doux au nord. Vous traversez les villages où l’artiste posait son chevalet, du Tholonet à Vauvenargues, en marquant l’arrêt à Beaurecueil, d’où le panorama est le plus saisissant.
Pour sillonner la montagne comme Cézanne, direction la Croix de Provence depuis le parking des Cabassols, près de Vauvenargues, en suivant le sentier des Venturiers (1 h 30 de montée). En été, vérifiez l’ouverture du massif, soumise au risque incendie.

Vue sur la montagne Sainte-Victoire (Provence-Alpes-Côte d'Azur, France) - ©Jef Wodniack/iStock
Gardanne, seul village provençal porté sur la toile par Cézanne
À une quinzaine de kilomètres au sud d’Aix, vous atteignez Gardanne, qui tient une place singulière dans l’œuvre du peintre, puisque c’est le seul village provençal qu’il ait jamais immortalisé. Il y séjourne en 1885 et 1886, au 27 cours Forbin, avec Hortense Fiquet et leur fils, et réalise trois huiles du vieux bourg, étagé en formes géométriques sous son clocher médiéval. Sur la colline des Frères et dans les ruelles de Gardanne, vous suivez un sentier d’interprétation en accès libre, jalonné de reproductions installées face au motif, là où l’artiste posait son chevalet. En confrontant chaque tableau au paysage réel, vous percevez comment Cézanne simplifie les volumes et accentue les plans, préfigurant les recherches qui inspireront Braque et Picasso quelques années plus tard.
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