Imprimer
Exporter vers mail GPS
Facebook
Twitter
Ajouter à mes favoris Faire un itinéraire depuis | vers | via cette adresse
Cédric Casanova, la Sicile à Paris
E. Tresmontant-02-06-2010
Depuis le printemps 2008, Cédric Casanova développe avec succès un nouveau modèle économique dont l’objectif est de permettre aux derniers paysans de Sicile de continuer à cultiver leurs produits. Minuscule, sa boutique du 10e arrondissement de Paris abrite bien des trésors.
Faire du business avec du rêve et des sentiments, c’est possible ! La preuve ? Cédric Casanova. Ouverte il y a deux ans à peine, sa petite boutique de la rue Sainte-Marthe fait aujourd’hui fureur et Cédric Casanova fournit en huiles d’olives et en produits de Sicile les plus belles maisons de la capitale : le Plazza Athénée, le Park Hyatt, les cuisines de l’Élysée, le Baratin ou la boulangerie de Christophe Vasseur. Un parcours vraiment insolite qu’il faudrait faire étudier dans toutes les bonnes écoles de commerce !
Un esprit sain dans un corps sain
Né à Paris d’une mère française passionnée de danse et d’un père sicilien champion de natation, Cédric a toujours accordé beaucoup d’importance au langage du corps. Son Bac éco en poche, il se destine à 19 ans à l’éthologie puis opte finalement pour l’école du cirque ! Pendant 14 ans, il sera acrobate « fildefériste » chez les Fratellini, au cirque du soleil, au Caesar Palace à Las Vegas…
« Pendant toutes ces années, il y a eu des allez-retours en Sicile. L’huile d’olive des paysans que nous connaissions bien était servie à chaque repas. On n’achetait pas une bouteille, comme c’est l’usage aujourd’hui, mais des bidons entiers qui faisaient toute l’année !
Pour nous, cette huile était un aliment essentiel, c’était la Sicile vivante dans notre assiette. »
Après une mauvaise chute, Cédric décide d’arrêter le cirque et part vivre en Sicile se ressourcer. Il en ramène 100 litres d’huile qu’il vend, à sa grande surprise, à Paris en un rien de temps : « J’ai compris alors que pour les Français, cette huile d’olive était un produit extraordinaire et que je tenais-là un filon. »
En 2003, son projet prend forme. Pas de projet professionnel, pas de boutique, juste une envie, celle de revenir à une source. « J’avais envie de dire aux gens : cette huile, là, elle a été produite par mon ami Marco, non loin de Palerme, elle a été achetée pendant la récolte en octobre-novembre, qui est aussi la fête des morts, elle est droite et sincère comme son auteur. »
En avril 2008, Cédric se lance et ouvre une boutique minuscule où l’on peut venir « faire le plein d’huile d’olive » en apportant sa bouteille ou son bidon.
Chacune de ses huiles porte le nom de l’un des 20 petits producteurs qu’il considère tous comme ses amis, parfois même comme des membres de sa famille : Marco, Anita, Domenico (« je l’ai vu naître ! »), Paola, Salvatore, les frères Baïamonte, etc.
Cédric les nomme, dit où ils vivent, énonce leur trait de caractère, on croirait lire Homère décrivant les personnages de l’Iliade !
Des huiles monovariétales uniquement
Chacune de ces huiles est fabriquée à partir d’une seule variété d’olive sicilienne ayant ses propres qualités organoleptiques comme la biancolilla, la cerasuola ou la nocellara del belice. Le terroir, l’âge des oliviers, la maturité des fruits et la façon de presser confèrent bien sûr à chacune un caractère particulier.
« Par exemple, les huiles de Felicia sont des huiles de plaines, fruitées, ardentes, assez denses, au goût d’artichaut et de menthe fraîche. Celles des frères Baïamonte sont issues des collines, elles sont plus herbacées, citronnées, fraîches et aérées… »
La boutique de Cédric Casanova est un bric-à-brac coloré et minuscule où la Sainte Vierge trône au-dessus du lavabo. On y trouve des câpres, de la fleur de câpres, des tomates séchées, des baies roses sauvages (à utiliser sur le poisson et en salade), des graines de fenouil sauvage, de l’origan sauvage, du laurier sauvage, des anchois, des sels aromatisés, de la poutargue, des pates, des gâteaux aux amandes, des fromages (pecorino des montagnes, cacciocavallo, ricotta), des figues séchées, des olives noires et vertes, de l’ail, du thon, des citrons, des piments…
« Cette boutique n’existe que pour valider mes idées auprès des Siciliens, car c’est en Sicile que mon travail se fait, pas ici. L’idée de base était de reconstruire un modèle économique viable et d’empêcher les derniers paysans de disparaître. Pour cela, j’ai mis en place un système qui consiste à acheter des récoltes d’olives à l’avance. Si vous voulez, vous pouvez même acheter un olivier dont vous recevrez chaque année le fruit de la récolte, soit 30 ou 40 litres d’huile…De cette façon, les petits producteurs continuent à exercer leur métier en toute sécurité, sans avoir à brader leurs huiles pour l’industrie. Si la Sicile travaille bien, on n’aura jamais de difficulté à vendre ses produits ici à Paris ! »
Mais les rendements sont minimes : Anita vend ainsi 430 litres d’huile à Cédric, Angelo 234 litres, Bianca 75 litres et Nunzio, lui, c’est un cas, il n’a qu’un arbre, mais un arbre qui a 1000 ans et qui produit 48 litres d’huile à lui tout seul !
La tête dans les olives
la boutique
2rue Sainte Marthe 75010 Paris
Huiles en vrac à partir de 16 € le litre.
Depuis décembre 2009, la boutique fait aussi table d’hôtes. Cédric et son comparse Pablo vous accueillent midi et soir toute la semaine sur réservation uniquement. Pour 30 € par personne et jusque cinq personnes, la salle est privatisée et on y mange des produits frais et de saison en provenance de Sicile, des pates, des légumes. On peut d’ailleurs apporter son vin. !
