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Le Désert de Retz (Chambourcy)
| 10-09-2009 Par Georges Rouzeau À l’ouest de Paris, au nord de la forêt de Marly, se cache le plus mystérieux jardin du 18e s., le Désert de Retz, à découvrir comme un véritable parcours initiatique inspiré de la franc-maçonnerie. Si l’on donnait un témoignage de regret à tout ce qui tombe, il faudrait trop pleurer. Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe. La malédiction qui frappe le Désert de Retz depuis la mort de son créateur, François Racine de Monville en 1797, aurait-elle pris fin ? Vendu plusieurs fois, pillé, vandalisé, victime de la mésentente entre ses propriétaires et l’État, l’un des plus beaux parcs à fabriques du Siècle des Lumières a subi tous les outrages. Le Désert de Retz (rien à voir avec le cardinal) n’en demeure pas moins l’un des rares spécimens de « déserts » (un « lieu peu habité, une retraite solitaire » pour l’homme du 18e s.) proche de sa conception d’origine. Depuis deux ans, la mairie de Chambourcy, qui en est désormais propriétaire, a entrepris une réhabilitation dont on espère qu’elle ne s’arrêtera pas en si bon chemin. Le parc à fabriques…… ou jardin anglo-chinois systématise la construction de petits édifices décoratifs, imitant souvent des ruines, appelés fabriques, ayant une signification philosophique ou utilitaire (glacières, habitations, métairies...). L'ensemble a pour but d'éveiller des sentiments, susciter la surprise et la réflexion. D'Angleterre, les jardins anglo-chinois gagnèrent la Suède et l'Allemagne. Le goût s'implanta en France dans les années 1770 et connut son apogée de 1775 jusqu’à la Révolution. ![]() © Nicolas Vercellino / Mairie de Chambourcy Le tilleul marcotté Champion au jeu de paume, joueur de flûte de talent, séducteur impénitent, esthète accompli et homme des Lumières, François Racine de Monville (1734-1797) descend d’une lignée de riches fermiers généraux. Entre 1774 et 1789, ce passionné de botanique et d’agriculture engloutit sa fortune dans l’édification d’un parc paysager anglo-chinois ponctué d’essences rares et de fabriques, ces constructions miniatures qu’on trouvait dans les parcs italiens de la Renaissance. Quand il passe commande des espèces végétales qu’il souhaite acquérir, le jardinier du roi s’exclame sobrement : « cet homme est fou ». Fou au point de construire, comme le Jardin des Plantes de Paris (qui finira par les récupérer), des serres chauffées pour des essences rares venues du Liban, de Chine et d’Amérique. Les beaux arbres abondent au Désert de Retz. Planté avant l’arrivée de Monville, un tilleul marcotté (dont les branches ont donné naissance à de nouveaux arbres) a atteint un demi-millénaire… Ailleurs, un séquoia multiséculaire dresse son port majestueux à plus de trente mètres de hauteur. Érables sycomores, châtaigniers, hêtres, frênes, charmes, pins douglas : la plupart des essences communes en Île-de-France donnent également au parc toute sa majesté. ![]() © G. Rouzeau / ViaMichelin Des dix-sept ou dix-neuf fabriques d’origine, il n’en reste qu’une demi-douzaine, certaines à l’état de ruines envahies par la végétation. Le temps et l’impéritie ont prélevé un lourd tribut dans ce programme architectural. L’ambition de Monville était de réunir en un même parc, comme en un jardin d’éden, toutes les essences végétales du monde et toutes les civilisations en leur dédiant une fabrique. La pyramide-glacière demeure la mieux conservée des fabriques du Désert de Retz. Cet emblème maçonnique frappe par sa hauteur et sa profondeur. Le temple au dieu Pan montre encore sa façade et sa rotonde, mais menace ruine par derrière. Du théâtre de verdure, il ne reste qu’un morceau de terrasse. Les pans de murs de la métairie disparaissent sous les ronciers… Tout était conçu pour inviter le visiteur à parcourir l’histoire de l’humanité, méditer la dispersion des langues et l’incompréhension entre les peuples. Parfois assimilé à tort à une fabrique, un pan d’église gothique, vestige de l’ancien prieuré de Roye (qui a donné Retz par déformation) aurait été volontairement laissé en l’état par Monville. Il lui eût été difficile de trouver un meilleur témoignage de la doctrine chrétienne en ruine… ![]() Heureusement, il reste la garçonnière de Monville, la plus belle des fabriques. C’est une tour colonne de 15m de diamètre, au sommet tronqué, lézardée par de fausses fissures, dont la ressemblance avec la tour de Babel n’est pas fortuite. Le peintre de ruines Hubert Robert, admirateur de ce jardin, n’aurait pas mieux fait. Pour renforcer cet aspect de colonne dorique, des cannelures de deux mètres de large ondulent tout autour du fût central. C’était le point d’observation central du jardin, le salon érudit de Monville, son cabinet d’astronomie, son boudoir. De là haut, le spectateur abolissait pour un instant la distance entre les peuples. Cette tour colonne continue de fasciner, comme elle a fasciné Marie-Antoinette, la Comtesse du Barry, Benjamin Franklin, Thomas Jefferson, André Breton et les Surréalistes. Informations pratiquesDésert de Retz Allée Frédéric Passy 78 240 – CHAMBOURCY Visite guidée du parc toutes les 20 min le samedi 19 septembre de 14h30 à 17h. Réservation et renseignements : 01 39 22 31 37. Mairie de Chambourcy Place Charles de Gaulle, 78240 Chambourcy. |







