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Östersund (Suède)
| 02-02-2009 Par Pierre-Brice Lebrun Östersund doit sa célébrité suédoise à son lac, à son monstre marin protégé par le roi, et à sa ferme d’élans, le Moose Garden, où l’on déguste des milk-shakes au lait d’élan en admirant des affiches de papier écolo fabriqué avec des crottes d’élan … Östersund est un gros bourg de 60 000 habitants situé au nord-ouest de Stockholm, en plein cœur de la Suède, un peu, il faut bien l’avouer, au milieu de nulle part. Sa ferme d’élans écolo est connue dans tout le Royaume, comme son lac immense, le Storsjön (456 km2 pour 75 m de profondeur), et son monstre marin, Storsjöodjuret, cousin probable du monstre du Loch Ness (on murmure que, sous la terre et les océans, les deux communiquent …). ![]() © A. Méaulle Un long serpent inoffensifMargaretha Hallenborg est capitaine du S/S Thomée, un vapeur de 27 mètres en service depuis 1875. Elle a fait toute sa carrière sur le Storsjön, qu’elle connaît par cœur. Elle ne peut pas jurer avoir déjà vu Storsjöodjuret, mais elle a décelé, plusieurs fois, un mouvement inhabituel de l’eau, un sillage inexpliqué, des vagues dans le sens contraire du vent, une ombre, quelque chose qui, comme un œil, la regardait, ou qui, comme les écailles d’un reptile, brillait sous le soleil. Ce monstre, Margaretha Hallenborg vit avec : « Il nous connaît, explique-t-elle, il reconnaît le bateau, il sait que nous ne lui voulons aucun mal. » Elle montre, sur l’écran du sonar, une trace surprenante et inattendue, qui zigzague entre le fond et la surface. Un sonar ne peut pas mentir ! Le lac a été exploré par des spécialistes venus du monde entier, mais le monstre est bien trop intelligent et s’est, à chaque fois, soigneusement caché. On a mené des expériences, on a fait des reconstitutions : ce n’est pas un gros poisson, un banc de petits poissons, un tronc d’arbre … Les clichés ne collent pas, et il disparaît trop vite. Storsjöodjuret est apparu plusieurs fois à des pêcheurs, sur la berge ou dans l’eau, à des campeurs ou à des promeneurs, et même à un pasteur (en 1635), à deux aviateurs militaires suédois en vacances (1972), ou à un professeur de grammaire (en juillet 1863). Les témoins le décrivent comme un serpent de 3 et 14 mètres de long, mais Margaretha Hallenborg pense qu’ils délirent : il mesure 3 ou 4 mètres, pas plus. Oui, il y a des photos, des dessins et aussi des gravures : ceux qui ont eu la chance de le rencontrer ont voulu laisser une trace de leur témoignage. L’office de tourisme distribue une carte qui indique les zones où le monstre apparaît le plus souvent. Sept points officiels d’observation permettent aux curieux de scruter les eaux calmes du lac : l’attente est parfois longue, mais le paysage est grandiose, alors, on se fait une raison : certains taquinent le brochet, d’autres pique-niquent, les plus courageux se baignent (la température de l’eau est tout juste positive dans les meilleurs jours). Sur la colline de Frösö, la Frösö Tornet, située au point le plus haut de la région (468 mètres au-dessus du niveau de la mer), offre une vue superbe sur le lac et les montagnes qui l’entourent grâce à sa plate-forme en bois située à 14 mètres du sol. Cette tour s’élève à quelques centaines de mètres de l’église en bois de Frösö, qui date tout de même du 12e s.![]() © A. Méaulle Les bêtises de BirgerStorsjöodjuret doit cependant veiller constamment sur Birger, son fils un peu canaille, qui ravit les habitants du Storsjönbygden par ses facéties. Un arbre bloque une route ? Une barque se retourne ? Un poulet fumé disparaît pendant un pique-nique sur la plage ? C’est Birger, dont la gourmandise est légendaire… Birger est devenu la mascotte de la ville ; difficile de ne pas craquer sur la bonne bouille de ses peluches hilares ! C’est la première grande question que se posent les touristes qui arrivent à Östersund : il existe, ce monstre, ou c’est une blague, une formidable trouvaille commerciale, une légende à laquelle personne ne croit vraiment ? Mais attention : il ne faut surtout pas plaisanter avec Storsjöodjuret et Birger. Les habitants sont très attachés à leur monstre, et très susceptibles. Même le Roi y croit dur comme fer : l’article 14 de la loi du Royaume de Suède sur la protection de la nature le cite, depuis le 22 janvier 1986, parmi les espèces à protéger, qu’il est interdit de chasser. C’est bien la preuve qu’il existe, non ? Le Roi Carl XVI Gustaf s’est personnellement engagé, par le biais d’une Fondation Royale, à lui assurer la protection à laquelle il peut prétendre en tant que citoyen suédois. Le monstre et son fils ne font de mal à personne, ils se contentent de manger des poissons dont le lac regorge. La cohabitation est paisible et naturelle, les Suédois sont pragmatiques et pacifiques, particulièrement attachés au respect de la nature et à la protection de l’environnement … Le Musée Jamtli, situé dans le parc du même nom, est le principal centre d’informations sur Storsjöodjuret : c’est un écomusée qui raconte l’histoire de la province du Jamtland, dont Östersund est la capitale. Il propose à ses visiteurs une promenade à travers champs dans sa vingtaine d’hectares aménagés à la découverte de l’habitat traditionnel et du style de vie suédois à travers les âges. Le parcours est agrémenté de jeux pour les enfants, de manèges d’époque, d’une auto-école pour voitures à pédales, de basses-cours pédagogiques et d’un restaurant tout à fait honorable … ![]() © A. Méaulle Un chasseur sachant biberonnerL’autre curiosité d’Östersund, c’est le Moose Garden, la ferme des élans créée, il y a douze ans, par la famille Häggmark : le mari, Sune, directeur de l’action sociale de la ville d’Östersund, a recueilli deux jeunes élans abandonnés, pendant une partie de chasse … à l’élan. La chasse à l’élan est un sport national en Suède. Près de 100 000 animaux sont abattus chaque année, entre septembre et décembre, pour une population totale d’un peu plus d’un demi-million d’individus, qui se reproduisent rapidement. L’animal est très présent dans les gigantesques forêts scandinaves, et sa viande, particulièrement goûteuse, fort peu grasse, est très appréciée fraîche ou fumée, en grillades, en boulettes, en ragoûts ou en jambon … Les deux élans recueillis par Sune, Ludde et Ronja, sont morts mais leur premier veau, Elvira, né 2 ans après leur installation dans la ferme, est toujours là. C’est d’ailleurs la doyenne du groupe. Moose Garden héberge aujourd’hui une dizaine d’élans dans un pré de 15ha avec une forêt tout au bout, rien que pour eux. Ils accourent dès que Sune les appelle, parce qu’il ne vient jamais les mains vides. Les visiteurs se pressent maintenant toute l’année au Moose Garden pour rencontrer les élans : on vient de tout le Royaume, et même d’ailleurs. Les bébés qui naissent au Moose Garden sont parfois nourris au biberon, dans un enclos pouponnière où, un jour, un petit chevreuil grelottant a trouvé refuge ; il a obstinément refusé de quitter le Moose Garden et ses nouveaux copains. L’élan est l’animal le plus grand d’Europe : avec ses longues jambes de ballerine, il toise tout le monde en baissant sa grosse tête. Son nez tout mou, comparable à celui du chameau, fait hurler de rire les visiteurs. Gourmand et bon enfant, il se laisse caresser, à condition qu’on lui donne des patates, sa friandise préférée. Les mâles ont des bois dès deux ans, qui tombent et repoussent chaque année. Les élans remercient les visiteurs, qui entrent dans le pré avec Sune, d’un amical coup de langue râpeuse et ils n’hésitent pas à encourager, en les bousculant, ceux qui gardent des patates dans leur poche, à les leur donner au plus vite. Gentil, mais costaud, ils sont très convaincants quand ils vous fixent avec leurs grands yeux. L’élan est un animal attachant : un rien dédaigneux, mais toujours curieux, il se prête volontiers aux papouilles. Il est aussi drôlement sportif : il peut sauter près de trois mètres de haut et plonger, dans l’eau, jusqu’à 4 mètres de profondeur pour manger des algues dont il raffole. C’est un excellent nageur qui ne craint pas l’eau gelée, et, quand il galope, il atteint 70 kilomètres à l’heure. Il peut marcher des jours durant sans s’arrêter : son cousin canadien, le caribou, migre ainsi chaque année de 1 600 kilomètres. ![]() © A. Méaulle Le Moose Garden a deux spécialités : d’abord, le lait d’élan, qu’il est un des rares au monde à produire. Peu calorique et plein de protéines, le lait d’élan ressemble au lait de renne ou de chamelle. Plus épais que le lait de vache, un rien moins blanc, il est de couleur « beurre frais », et il a un goût très fort. Sune le fait déguster aux visiteurs, à la cuillère ou sous forme de fromage fait maison. Le bar propose également un étonnant café suédois à base de whisky et de lait d’élan, et un excellent milk-shake au lait d’élan. L’autre spécialité est encore plus surprenante : du papier 100 % naturel fabriqué avec des crottes d’élan, une matière première totalement écolo. L’élan est un herbivore : il ne mange que des arbres et des herbes, et il a un estomac particulièrement costaud. Il n’y a donc dans ses crottes aucune bactérie : on ne peut pas rêver d’un papier plus recyclable et plus biodégradable ! Sune réalise son papier dans son petit atelier, avec un simple mixer ; il imprime dessus de faux billets de banque, de petites gravures, des cartes postales, des diplômes ou des menus de fête : le support est original ! La ferme familiale des Häggmark, située au bord du Storsjön, date du 19e s. Sune et son épouse l’ont transformée en gîte. Elle abrite un très sympathique café qui propose des gâteaux faits maison, une boutique de produits à base d’élan et même une tour d’observation pour guetter Storsjöodjuret. Les Häggmark viennent d’inaugurer de petits chalets en bois d’où l’on peut observer les élans et le Storsjön dès le saut du lit. La nuit tombe sur le Storsjön, les élans vont se coucher dans leur forêt. Sune Häggmark donne à Émil et Anna leur dernier biberon, le Moose Garden s’endort. Les villes d’Östersund et de Frösön s’illuminent au loin. On y fait du shopping toute la journée mais la vie nocturne y est aussi intense, les terrasses des cafés sont prises d’assaut dès que le temps le permet ; on s’y retrouve entre copains, la bière coule à flots. Le ciel, menaçant, vire rapidement au gris, l’eau devient sombre, le vent se lève. Le lac, si accueillant quand le soleil brille, menace ses derniers visiteurs : « Il est temps de rentrer, dit le capitaine Hallenborg, Storsjöodjuret a envie de rester seul, laissons-le tranquille ». Elle soupire, déçue : « Vous ne le verrez pas aujourd’hui, désolée, il ne sort pas quand il fait froid. » Le Steam Ship Thomée fait demi-tour pour rejoindre le port. Au fond du lac, Storsjöodjuret borde Birger en lui souhaitant une bonne nuit. God natt, Birger. God natt, papa. Carnet d’adressesLa ferme des élans Orrviken 145 (dans les faubourgs d’Östersund), Tél. : +46 70 363 60 61 Entrée 100 SEK*, 40 SEK pour les 8-15 ans, gratuits pour les plus petits. Office suédois du Tourisme à Paris, 01 70 70 84 58, www.visitsweden.com (site en français) Informations touristiques sur Östersund et sa région www.turist.ostersund.se Brochures en anglais téléchargeables en ligne. Informations touristiques sur la région du Jamtland www.jamtland.se (en anglais) Y aller Pour se rendre à Östersund en avion, la meilleure et seule solution est de passer par Stockholm. SAS (Scandinavian Airlines) relie 18 fois par semaine Paris-Roissy CDG à Stockholm (trois vols par jour du lundi au vendredi, un vol le samedi, deux le dimanche) à partir de 74 € l'aller simple, taxes incluses ; la compagnie propose jusqu’à 2 correspondances par jour pour Östersund, à partir de 144 € l'aller simple, taxes incluses et jusqu’à 5 vols par jour entre Stockholm et Östersund (une heure de vol), 2 vols le samedi et jusqu'à 6 le dimanche en saison : Östersund est plus une destination de ski (de fond) que de plage. Le site perso du monstre Le site de la ville d’Östersund Le parc de Jamtli À Östersund , il y a beaucoup de restaurants et de cafés où il est possible de se restaurer à toute heure du jour ou de la soirée. Par exemple chez Simon & Victor (au début de la rue principale), brasserie typique et réputée qui propose des plats traditionnels copieux servis avec une bonne bière. On trouve dans la rue principale un magasin de spécialités, Ost & Vilt (littéralement, Fromage & Sauvage). Pour découvrir le camembert au lait de brebis ou le cœur de renne fumé. Juste en face, il y a un Systembollaget, une boutique d’alcools. La vente d’alcool est, en Suède, une affaire d’État ; les magasins, peu conviviaux, ont un petit air de banque avec sas d’entrée sécurisé, numéro, comptoir, guichet pour payer … Ce n’est pas franchement enthousiasmant, mais quel choix : vodka, aquavit et vins français hors de prix, vins de Californie, du Chili ou d’Argentine, apéritifs … Impossible de ne pas trouver son bonheur dans les allées parcourues uniquement par les vendeurs-fonctionnaires. *1 SEK = 0,092 € (environ) |




