Imprimer Exporter vers Mail, GPS
Ajouter à mes favoris
Ajouter à mes favoris
Faire un itinéraire depuis | vers | via cette adresse.
Dinard, l’élégance discrète
| 16-10-2009 Par Éric Boucher Biarritz, Deauville, La Baule, Le Touquet, Royan... De toutes les stations balnéaires nées dans la seconde moitié du 19e s., Dinard est sans doute avec Deauville, en moins tapageur, celle qui a su le mieux préserver son âme en faisant classer plus de 400 villas et immeubles. Retour sur plus de 150 ans de villégiature chic. Dinard, c'est un peu le Biarritz de l'Armor, une sorte de Deauville bretonnant. Sa naissance remonte à Napoléon III avec la construction en 1859 de l'Hôtel de Dinard (aujourd'hui Grand Hôtel). Puis s'ouvre un premier établissement de bains sur la plage de l'Écluse et, aussi indispensable que les bains de mer pour cette opulente bourgeoisie née du Second Empire, un casino. Les premières villas se construisent, avec à demeure quelques familles anglaises séduites par la beauté du site. Mais le véritable essor de la station commence après la guerre de 1870, les plus belles demeures datant des deux dernières décennies du siècle. On serait cependant bien en peine de décrire ce foisonnement architectural pour le moins éclectique, même si l'ensemble n'est assurément pas dénué de cachet. C'est un peu comme si l'on avait transplanté là, surplombant la falaise et tirant admirablement parti de la morphologie du lieu, quelques grosses maisons de la banlieue parisienne, de la Celle-Saint-Cloud ou du Vésinet. Un délire de créneaux, de tourelles, de stucs, de colombages, de vitraux, de bow-windows et de vérandas dont les combinaisons multiples composent ici une villa italienne, là un cottage du Yorkshire ou un pavillon Louis XIII… Un « luxe de pacotille » eut déclaré Proust, décor kitsch où se précipite à la belle saison le gotha de l'aristocratie et de la finance, princes de la République et princes du sang confondus : Gambetta, le duc d'Audiffret-Pasquier, le comte de Paris,les Rotschild, Mac-Mahon, Alphonse XIII d'Espagne, Poincaré, milliardaires américains et princes russes se succéderont pendant 50 ans. Édouard VII, rompu aux french cancans du gai Paris plutôt qu'aux exercices nautiques, n'en fait pas moins plusieurs séjours à Dinard, comme prince de Galles en 1898 et comme roi d'Angleterre en 1903. La légende veut que le Kaiser Guillaume II y vienne incognito en 1899. Une silhouette encore juvénile, en laquelle nous aurions quelque difficulté à reconnaître Winston Churchill, arpente également les grèves en refaisant le monde ; il fréquente une première fois la station au début du siècle et y revient dans les années 1920 où il descend alors à la villa Port-Breton. Cette galerie de portraits serait fastidieuse si elle ne se terminait par le souvenir des artistes et des intellectuels qui trouvèrent à Dinard repos ou inspiration : Ernest Renan, Oscar Wilde, Isadora Duncan… Et la petite Agatha Christie qui y aurait fait ses premières brasses. Dans les années 1870, le quartier de Saint-Énogat est le rendez-vous des poètes parnassiens. Au retour d'une excursion en mer, c'est sur l'harmonium de l'église de Saint-Énogat que Debussy aurait composé La Mer. Autre habitué de la côte d'Émeraude, Jules Verne qui réside à la villa Le Grondin, entre Dinard et Saint-Lunaire. Mais sans doute est-ce chez Lawrence d'Arabie que Dinard aura laissé son empreinte la plus profonde. Il y habite avec ses parents et ses frères, de 1891 à 1894. Il y fréquente l'école française et y retourne à 3 reprises de 1906 à 1908. Ce sont les années de formation, Lawrence a une vingtaine d'années ; nul doute qu'il ne rêve d'horizons lointains en fixant les remparts de Saint-Malo, la cité corsaire, de l'autre côté de l'embouchure de la Rance. C'est encore à Dinard qu'il revient pour compléter son étude sur les châteaux forts britanniques par celle des forteresses françaises de l'époque des croisades... Étude qui le conduira plus tard en Orient sur la trace des croisés. La grande période de Dinard s'achève dans l'entre-deux-guerres avec notamment le départ des communautés anglaise et américaine (en raison du krach de 1929). Qu'en reste-t-il aujourd'hui ? Il serait vain de penser revivre les fastes d'antan mais Dinard a su s'adapter à la modernité sans pour autant vendre son âme aux gourous du tourisme de masse. C'est en France la première station balnéaire du genre à avoir sauvé partiellement son patrimoine architectural de la fin du 19e s. en faisant classer plus de 400 villas et immeubles. Un sauvetage que l'on doit à son maire Marius Mallet qui a compris que le meilleur atout de Dinard était son patrimoine. A l'heure du tout béton et de l'urbanisation effrénée de la Bretagne, cela mérite d'être souligné (pas en traduction). Il en résulte un charme désuet, un luxe discret et bon teint pour lectrices de Elle Décoration ou de Vogue. La station est prisée des Versaillais et autres habitants des quartiers chics, mais sur un mode familial et décontracté… On a ainsi pu voir l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin y passer ses vacances en 2006, et poser « en toute simplicité » sa serviette de bain sur la plage de l’Écluse. Les plus grosses villas ont certes été divisées en appartements mais elles n'en sont pas moins inoccupées 10 mois par an, comme au bon vieux temps. On les imagine peuplées de vieilles cannes de golf et de raquettes de tennis, d'une épuisette, de jumelles, d'un coffre d'officier de marine et de maquettes de bateaux... Ici et là traînent de vieilles éditions d'Henri de Monfreid et de Vingt mille lieues sous les mers. Le frac et le canotier ont été remplacés par les polos Ralph Lauren et Lacoste, les pulls Saint-James et les bottes Aigle (indispensable pour la pêche à marée basse) et sur la plage les adolescentes ont l'air mignard des héroïnes de Rohmer*. Partout des rayures blanches et bleues : horizontales pour les maillots et les parasols, verticales pour les cabines de bain et les transats. Dinard n'en finit pas de se parodier. * Le Conte d'été d'Eric Rohmer (1996), marivaudage adolescent, a été filmé à Dinard. Renseignements pratiquesOffice de tourisme 2 bd Féart 35800 Dinard. Tél. : 02 99 46 94 12 Fax : 02 99 88 21 07 Site internet : www.ville-dinard.fr Balades Nous vous conseillons trois circuits qui passent au pied des plus belles les villas, longeant la falaise de granit et ménageant de beaux points de vue sur la mer. Promenade de la pointe de la Malouine Promenade du Clair-de-Lune Promenade de la pointe du Moulinet Pour d’autres promenades : www.ot-dinard.com Baignade Dinard possède 3 belles et grandes plages : celle de l’Écluse, la plus connue, la plus centrale et la plus fréquentée ; celle du Prieuré, qui fait face à Saint-Malo ; et celle de Saint-Énogat, notre préférée, au pied de belles villas et avec un magnifique point de vue sur les récifs et les îlots. Si l’eau vous semble un peu fraîche (on vous comprend !), tentez la superbe piscine au-dessus de la plage de l’Écluse : le bâtiment des années 1970 a mal vieilli, mais il offre un bassin olympique avec eau de mer chauffée et une vue splendide sur la mer. |
