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Les couleurs de Vilnius
| 11-05-2009 Par Georges Rouzeau En 2009, Vilnius est capitale européenne de la culture et fête simultanément le millénaire de la première mention écrite du nom de Lituanie. Plan médiéval sinueux, architecture baroque, façades multicolores : la capitale de la Lituanie offre un visage séduisant. Toujours à la recherche de son identité, elle a connu des heures terribles, du nazisme à l’oppression soviétique. Premières impressionsLe dernier peuple converti d’Europe témoigne aujourd’hui d’une ferveur étonnante. Dès les premières heures de la matinée, la rue Ausros Vartų, au sommet de la vieille ville, est envahie par les chants et les cantiques. Les odeurs d’encens et la couleur des chants varient en fonction des confessions. Dans cette ville qui a changé plusieurs fois de nom dans l’Histoire (Vilna, Wilno, Vilnius), tour à tour polonaise, allemande puis russe jusqu’en 1991, la religion demeure une valeur sûre. En témoigne dans cette ville baroque, qui fut un bastion de la Contre Réforme, le nombre incroyable d’églises de tous les styles, jusqu’au gothique byzantin. À chaque carrefour, vous pourrez compter jusqu’à 5 clochers dans votre champ de vision. Les synagogues, hélas, ont toutes disparues sauf une. Les nazis ont exterminés tous les Juifs de ce qui fut depuis le 14e s. le centre intellectuel du judaïsme. Ce berceau du yiddish a porté pendant des siècles le beau nom de Jérusalem du Nord. Les Soviétiques ont achevé de faire disparaître les dernières traces de cette civilisation. Après la guerre, un stade hideux est construit sur les ruines du plus vieux cimetière juif de Vilnius tandis que les pierres tombales servent à paver les rues. Avec ses allures de ville de province meurtrie par l’Histoire, Vilnius est donc la capitale d’un pays qui se cherche encore. Dans les rues et les cafés, une belle jeunesse, habillée comme à Paris, manifeste son appétit de vivre - même si la fuite des cerveaux et des talents constitue l’un des plus gros problèmes du pays. Au 14e s., la Lituanie était pourtant un immense empire qui s’étendait de la Baltique à la Mer noire, en comprenant l’actuelle Biélorussie. La reconstruction à l’identique, ex-nihilo, du palais Renaissance des Grands-ducs souverains doit contribuer à renforcer la conscience historique chez les Lituaniens. Ce lieu de résidence historique des dynasties lituaniennes ouvrira en 2009 sous la forme d’un musée des Beaux-arts. ![]() La chapelle dédiée à la Vierge © G. Rouzeau/ViaMichelin La vieille villeSon dédale médiéval de rues pavées, les nombreuses églises de style et de confession différentes, et les maisons aux façades aux tons rose, pistache ou café vous séduiront immédiatement. Églises exceptées, la vieille ville frappe par sa hauteur modeste. Capitale intellectuelle et politique, Vilnius n’a jamais été une cité de bourgeois et de commerçants qui construisaient de hautes façades. Les rues Aušros Vartų, Didžioji et Pilies forment la colonne vertébrale de ce quartier. Au sommet de la vieille ville, la rue Aušros Vartų, avec ses églises des trois confessions et ses belles façades, mène à la porte de l’Aurore. Située sur la route de Minsk, c’est la seule des neuf portes qui gardaient Vilnius à demeurer intacte. À l’extérieur, elle offre un visage austère tandis qu’à l’intérieur de la ville, elle abrite une chapelle, reconstruite au 19e s., dédiée à la Vierge. Ce lieu de culte, particulièrement vénéré par les Polonais, célèbre l’icône miraculeuse de la Sainte Vierge, une madone en argent au visage noir, chef-d’œuvre des orfèvres lituaniens du 17e s. Les murs portent 7000 ex-voto, en argent également. En ce début de matinée, une vingtaine de fidèles se serrent dans cette petite pièce bercée par la récitation des prières. Revenez faire un tour de nuit : la chapelle reste illuminée. Juste à côté, l’église Sainte Thérèse est également bondée : l’office du matin s’y déroule dans une atmosphère de ferveur fiévreuse. L’intensité n’est pas moindre dans l’église du Saint Esprit – l’odeur capiteuse de l’encens et l’envoûtante liturgie orthodoxe en plus. Pour mémoire : Vilnius, Jérusalem du Nord À partir du 15e s., Vilnius va devenir le plus grand foyer européen de la culture juive où naîtra au 19e s., le fameux yiddish. Il y a bientôt autant de synagogues que d’églises, ainsi que de nombreuses écoles religieuses (yeshiva), très réputées.Au 16e s., le quartier juif comprenait les rues actuelles de Stiklių, Žydu, Gaono et Mesinių. Le quartier enfante également l’un des plus grands commentateurs du Talmud, Gaon de Vilna. Rue Žydu, son buste trône à côté d’une école où se tenait jadis la plus grande synagogue de la ville. Romain Gary et Marc Chagall y sont nés au début du 20e s. Il ne reste plus rien ou presque de ce monde : en deux vagues de massacres qui ont lieu à dix kilomètres de Vilnius dans la forêt de Panerai, les nazis assassinent cette communauté. Un lieu permet de tenter de reconstituer ce monde englouti. Il s’agit du musée juif Gaon de Vilna (Pylimo g. 4., www.jmuseum.lt), en fait le centre social et culturel de la communaute juive de Lituanie, qui comprend plusieurs ramifications dont le musée de l’Holocauste (Pamenkalnio g. 12). ![]() © G. Rouzeau/ViaMichelin La vieille ville (suite)Succédant à la rue Aušros Vartų, la rue Didžioji s’évase en son milieu pour former la place de l’Ancien hôtel de ville. Des deux côtes de la place se tiennent deux ou trois boutiques de luxe, quelques façades historiques, l’église russe Saint-Nicolas et une belle maison classique couleur vert pistache où Stendhal a passé une nuit. C’est là que le Centre culturel français a posé ses pénates. Cette institution culturelle comprend également un café, le Café de Paris, à l’ambiance cosmopolite sur fond de jazz. De l’autre côté de la rue, il est possible d’approfondir sa connaissance de la Lituanie grâce à la galerie de peintures de Vilnius – des portraits historiques de personnages lituaniens essentiellement. Ce palais datant du 18e s. a conservé de nombreux éléments de son décor d’origine. Là réside tout son charme. Voici enfin la rue Pilies, morceau de bravoure piéton de la vieille ville où différents styles (gothique ou baroque) et matériaux (pierre ou brique) composent un décor pittoresque très prisé des touristes. On se laisse prendre immédiatement par l’animation de cette artère où quelques cafés offrent une terrasse. Prenez ensuite la tangente (à droite quand vous descendez) pour aller découvrir le réseau de petites ruelles perpendiculaires qui offrent des points de vue inédits sur la vieille ville. ![]() La cathédrale © G. Rouzeau/ViaMichelin Empruntez par exemple la rue Bernardinų, saluez au n°11 la mémoire du grand poète polonais Mikiewicz avant de tomber à genoux devant l’église Sainte Anne, chef-d’œuvre du gothique lituanien qui transcende la brique en dentelle. Collée juste derrière elle, l’église Saint-François-des-Bernardins, plus austère, a souffert comme en témoigne son toit neuf et, à l’intérieur, ses fresques dégradées. Au terme de la rue Pilies s’ouvre l’immense place de la cathédrale. Cette dernière impressionne par sa blancheur immaculée et l’austérité de son néoclassicisme, fruit de travaux de reconstruction au 18e s. Dire qu’un tel chef d’œuvre a failli être transformé en garage à tracteurs sous l’ère soviétique ! Tel un phare sur la Baltique, le beffroi situé en face de la cathédrale, vestige des fortifications qui passaient là, est l’un des monuments les plus emblématiques du pays. C’est accessoirement un lieu de rendez-vous très utile. À proximité, le palais Renaissance des Grands-ducs souverains est désormais entièrement sorti de terre pour la plus grande fierté des habitants de la Lituanie. Il est veillé par la colline de Gediminas où Vilnius fut fondé. C’est là qu’il faut grimper, via le funiculaire qui se trouve face au musée d’archéologie, pour embrasser un joli panorama sur la ville. ![]() La grande cour © G. Rouzeau/ViaMichelin L’université et l’église Saint-Jean : un quartier à part entièreVilnius est très fier, à juste titre, de son université, la plus ancienne d’Europe orientale fondée par les Jésuites polonais en 1579. Du gothique à la Renaissance en passant par le baroque, l’ensemble des édifices sont reliés entre eux par treize cours et composent un véritable voyage à travers l’architecture et l’histoire du pays. La plus belle de ces cours, dite « grande cour », sert d’écrin à la majestueuse façade baroque de l’église Saint-Jean. La bibliothèque est l’autre bijou de l’université qui comprend 5 millions d’ouvrages et d’incunables (pour une visite en groupe, s’inscrire à l’entrée). Ce quartier à part entière, où sont inscrits 25 000 étudiants, est perpendiculaire à la rue Pilies. Gedimino prospektas : vers le musée des Victimes du génocideFace à la cathédrale s’ouvre l'avenue Gedimino prospektas que notre guide nous présente comme les « Champs Elysées » de Vilnius. Sa largeur, ses immeubles haussmanniens, ses complexes commerciaux flambants neufs et ses jeunes yuppies cravatés de frais évoquent effectivement l’opulence d’une cité moderne qui s’est convertie à l’économie de marché. Elle vaut aussi et surtout pour la perspective grandiose qu’elle offre sur la cathédrale et sa place, et sur la colline de Gediminas juste au-dessus. ![]() © G. Rouzeau/ViaMichelin Ce boulevard mène aussi à l’un des musées les plus terribles, celui des Victimes du génocide déportées, torturées ou exécutées sous l’ère soviétique, de 1945 aux années 1960. À la hauteur de la place Lukiškių où trônait jadis une statue de Lénine, le siège du KGB occupait un bel immeuble 19e – aujourd’hui, des plaques dédiées à la mémoire des victimes ont été scellées à la base de l’édifice. Pendant la guerre, les nazis s’y étaient également installés. Une scénographie moderne, des textes sérigraphiés sur du plexiglas, et de nombreux objets originaux (armes, effets personnels, souvenirs, tenues militaires) restituent un contexte historique complexe : premières déportations de Lituaniens en URSS, guerre à mort contre les partisans lituaniens jusqu’en 1953, répression quotidienne contre les dissidents, la liberté de pensée et de culte… La descente aux enfers commence vraiment au sous-sol avec la visite des bureaux des matons, des cellules de confinement, de torture et la cave voûtée où se déroulaient les exécutions. Rien n’a changé ou presque, le standard des nervis du KGB avec ces énormes téléphones à grosses touches, les boxes d’attente où l’on ne pouvait se tenir ni assis ni debout, la cellule de torture psychologique avec sa camisole et sa porte capitonnée pour étouffer les hurlements, et les impacts de balles dans le mur de la chambre d’exécution. Où manger ? Baras ŠnekutisSv. Stepono, 6-8 Pour déguster la cuisine paysanne lituanienne, rendez-vous dans ce restaurant tenu par le président de l’association des brasseurs artisanaux de la Lituanie du nord. L’homme arbore une moustache à faire pâlir d’envie José Bové, un chapeau de paille et surtout la tenue traditionnelle en lin du paysan. C’est sans doute le meilleur endroit dans Vilnius pour déguster les fameux « zeppelins ». Ce sont de grosses crêpes de pommes de terre reconstituées à partir du tubercule râpé mélangé à son amidon. Elles se mangent « nature » ou fourrées au fromage blanc ou à la viande, tout comme le délicieux chou farci qui nous a été servi ensuite. La carte des bières vaut le détour – uniquement des petits producteurs artisanaux – mais on peut opter aussi pour le giras, un breuvage sans alcool obtenu à partir de la macération de pain noir, la boisson des champs l’été ! Bar 18 Stiklių, 18 Ouvert il y a moins de six mois, voici un lieu charmant avec son plafond voûté, son mur recouvert de bouteilles et son ambiance cosmopolite composée d’un bon tiers d’étrangers et deux tiers de Lituaniens branchés. La cuisine fait la part belle à la Méditerranée. Belle carte de vins avec des incursions dans le Nouveau monde. Service de charme dans un anglais superbe. Renseignements pratiquesOffice du tourisme de Lituanie 72, rue Pierre Demours 75017 Paris Tél./fax : 01 46 22 53 84 Comment y aller ? La compagnie FlyLal propose des allers-retours à partir de 130 €. Réservation par téléphone : 01 58 22 20 04. Où séjourner ? Hôtel Radisson SAS Astorija Didžioji, 35/2 LT-01 128 Vilnius Le plus hôtel bel de la ville, situé en plein cœur de la vieille ville, donne sur la façade baroque de Saint-Casimir qui ressemble comme deux gouttes d’eau à celle du Gesu de Rome. Dans les étages supérieurs, c’est toute la vieille ville de Vilnius qu’on embrasse. Les chambres spacieuses bénéficient régulièrement d’un relookage. Spa avec petite piscine. Site à consulter : La vie (presque) quotidienne d’un retraité Français en Lituanie. Ce blog est plein d’informations utiles. |

À partir du 15e s., Vilnius va devenir le plus grand foyer européen de la culture juive où naîtra au 19e s., le fameux yiddish. Il y a bientôt autant de synagogues que d’églises, ainsi que de nombreuses écoles religieuses (yeshiva), très réputées.



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