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La lagune de Venise en Pénichette
| 16-06-2008 Par Emmanuelle Jary C’est un peu l’histoire de l’œuf ou de la poule. Sans la lagune, Venise ne serait pas Venise mais sans Venise, la lagune ne serait plus une lagune. 550 km² d’eau, soit l’une des plus grandes lagunes du monde : un écrin liquide pour cette ville qui est un miracle humain. Tant pis pour le cliché parce que c’est bien de cela qu’il s’agit, un miracle humain. Venise est belle parce qu’elle trône, souveraine, au milieu d’un miroir liquide, entourée de petites îles par ailleurs bucoliques. La location d’une Pénichette® est le moyen idéal pour partir à la découverte de la vie sur la lagune. Pas besoin de permis, une heure de formation suffit à ceux qui n’ont jamais été aux commandes d’un bateau. Notre Pénichette® s’éloigne lentement de Chioggia, où se trouve la base de location. En remontant la lagune vers le Nord en direction de Venise, nous croisons quelques îles, dont les fameux cordons littoraux : Pellestrina et ses villages de pêcheurs, et le Lido. L’extrémité sud de cette île frontière qui sépare la mer de la lagune accueille, à Alberoni, des dunes rondes et molles recouvertes de végétation dans lesquelles nous avons couru pieds nus après avoir abandonné nos vélos dans le sable. ![]() © Locaboat Visiter la lagune de Venise en Pénichette® permet de découvrir ce territoire d’eau et de terre mêlées, inaccessible en grande partie à ceux qui n’ont pas d’embarcation. Dans le nord de la lagune, l’île de San Francesco del Deserto qui accueille un magnifique monastère de franciscains entouré de cyprès, n’est desservie par aucun vaporetto. San Lazzaro degli Armeni, une autre île monastère, mérite aussi une visite pour sa bibliothèque et ses antiquités égyptiennes. À chaque île son destin. Burano la colorée, peuplée de pêcheurs et de dentellières ; Murano, l’île du verre ; Torcello, l’île des premiers habitants de Venise, à voir absolument pour les mosaïques de sa basilique Santa Maria Asunta et son célèbre restaurant, la Locanda Cipriani ; Le Vignole, une île jardin qui accueille une formidable guinguette. Ces îles très fréquentées dans la journée sont désertées par les touristes en fin d’après-midi. C’est à cette heure qu’il faut les découvrir et y amarrer la Pénichette® pour la nuit. La vie locale remet alors le nez dehors : les veuves qui papotent, les enfants qui barbotent, les amoureux qui se bécotent. Scènes quotidiennes de dolce vita d’une petite ville italienne. Voyager en Pénichette® permet ainsi de profiter de moments qui échappent au visiteur n’ayant pas choisi de voguer sur l’eau. ![]() © Locaboat En chemin, nous croisons Giovanni Cecconi, l’ingénieur qui a en charge la coordination des travaux du projet Mose, les digues mobiles en cours de construction (fin des travaux pour 2012), qui auront pour but d’isoler, en cas d’importante montée des eaux, les trois ouvertures par lesquelles l’Adriatique entre dans la lagune. Cet ingénieur, passionné de la lagune, est également poète. Il nous parle des barene, ces prés-salés sur lesquels se développent une flore et une faune caractéristiques du milieu. Nous l’invitons à venir faire un petit tour avec nous. À l’approche d’une barene, l’homme trépigne dans le bateau, saisit son appareil photo. « Vous allez voir ce que vous allez voir, une barene en cours de formation… » L’excitation agrandit ses yeux, les nôtres aussi. Il dit : « On y est bientôt ». Notre cœur se met à battre un peu plus vite. Giovanni s’écrie : « Regardez, là, cette végétation naissante. Ah ! c’est fantastique ». On cligne trois ou quatre fois des yeux. On ne voit rien du tout si ce n’est un banc de sable et quelques pousses d’herbes, mais on comprend qu’il faut s’extasier : «Formidable. Allez une photo et on repart. » On finit par se prendre au jeu et aux mots de Giovanni. Toutes ses histoires d’oiseaux, hérons cendrés, busards des roseaux, mésanges à moustaches ; de plantes, salicornes, asters, lavandes de mer… Tous ces petits poissons que l’on imagine nageant follement dans les eaux de la lagune la colonisent au moment de leurs ébats. « La lagune est une grande nursery ». Les loups, les daurades, les moleche (crabes en mue), les vongole, les seiches qui y batifolent composent par ailleurs nos repas vénitiens. Certains font la grimace. Quid de la pollution ? Giovanni répond : « Il faudrait consommer plusieurs tonnes de coquillages par personne pour qu’il y ait le moindre risque. » ![]() © Locaboat La lagune nourrit donc Venise, mais un festin « lagunaire » vient autant de la terre que de la mer. L’île de Sant’Erasmo est le jardin potager de Venise. Toutes sortes de légumes y sont cultivés, mais surtout les fameux castraure, ces artichauts que l’on accommode en risotto ou que l’on déguste à cru pour apprécier leur légère amertume et leur astringence. Michel Thoulouze, l’homme d’affaires français qui a réintroduit la vigne dans la lagune, nous en prépare un dans sa cuisine. On l’accompagne d’un verre d’Orto, son vin blanc qui vient d’obtenir le prix de la meilleure malvoisia italienne. Il est droit, structuré, un peu minéral ; il est surtout le seul et unique vin de Venise. À boire in situ, en regardant le soleil se coucher sur Lazzaretto Nuovo : une île grande comme un mouchoir de poche, reprise en concession par Gerolamo Fazzini, archéologue. L’homme a restauré les bâtiments dans lesquels étaient autrefois stockées les marchandises qui arrivaient par bateaux de l’Orient. Pourquoi ? Pour rien. Enfin si, par passion. ![]() © Locaboat Ils sont nombreux les passionnés de la lagune. Ils sont des centaines, des milliers sûrement. Nous en avons rencontré une dizaine, libraire, pêcheur, agriculteur, architecte, moine… Ils en parlent comme d’un territoire rare, de lumières et de couleurs. De partage aussi. Dans une casone, petite baraque en bois sur pilotis munie d’un grand filet manœuvré par un système de cordes montées sur poulie, trois hommes pêchent et trinquent entre chaque prise depuis plusieurs heures. Le filet étant remonté toutes les dix minutes, l’ambiance est plutôt bonne dans la casone en cette fin d’après midi. Tchin tchin, un petit verre de vin blanc au passage. C’est aussi cela, le charme de la lagune. On y est tous copains. C’est la convivialité de l’eau par le biais du vin. Après des journées de soleil et de vent, après des paysages ouverts, des perspectives immenses, nous amarrons notre bateau au port de San Giorgio et prenons un vaporetto pour rejoindre Venise alors désertée par les touristes, ses ruelles étroites et ses canaux. Quelques senteurs végétales émanent de jardins discrets, comme des allusions olfactives de lagune. Entre l’œuf et la poule, notre cœur balance mais nous n’avons pas eu à choisir. Tant mieux. Il faut vivre Venise et sa lagune au gré de l’eau et à contre-courant. Informations pratiquesOffice national italien du tourisme, 23 rue de la Paix, 75002 Paris 01 42 66 66 68 Azienda di promozione turistica di Venezia (+ 39) 041 529 87 11 La base de LocaboatHolidays en Italie est basée à Chioggia. Elle propose des locations de pénichettes sans permis. Remarquablement bien équipées, elles disposent de cabines avec lit double ou lits jumeaux, de salles de douche, d’une vraie cuisine aménagée, d’un lecteur de CD, de vélos (sur demande). À partir de 1 449 € la semaine pour 2 personnes en basse saison jusqu’à 4 340 € la semaine pour 12 personnes en haute saison. Tél. : 03.86.91.72.72 Où s’amarrer Il y a de nombreuses possibilités de mouillages sur la lagune, sauvages ou dans une marina si vous avez besoin de faire le plein d’eau. La Certosa 50 € la nuit. Eau, électricité, wifi, bar, restaurant, et surtout navette pour Venise gratuite toute la nuit. Tél. : 00.39.041.520.85.88 San Giorgio, avec une vue magnifique sur Venise 50€ la nuit. Eau, électricité. Vaporetto direct pour Venise. Pas de réservation. Mouillage gratuit sur l’île de Le Vignole et de Sant’Erasmo. Calme et sérénité après le départ du dernier vaporetto, la lagune est à vous. Où manger Do Farai Dorsoduro 3278 Venezia Tél. : (+39) 041 277 03 69 Une cuisine de cœur, savoureusement incarnée par celui qui la prépare, un amoureux de la lagune qui vous dessine le profil de chaque poisson sur votre set de table. Carpaccio de loup, cigales de mer, salade d’artichauts, risotto à la pomme de terre, seiches à l’encre et polenta. Da Toni Le Vignole Tél. : (+39) 041 52 89 707 Une guinguette formidable pour sa situation dans un jardin, son ambiance conviviale, sa cuisine simple mais ad hoc. Antipasti de légumes, poulpes en salade, spaghetti à l’encre de seiche ou au crabe. Un petit verre de vin blanc et une sieste à l’ombre des grands arbres. Da Celeste Pellestrina Tél. : (+39) 041 96 70 43 Ce restaurant sert une délicieuse cuisine de poissons. Possibilité d’amarrer la pénichette à côté du restaurant. Alle Testiere Castello 5807 Venezia Tél/fax : (+39) 041 52 27 220 Délicieuse osteria dont la cuisine est d’une finesse remarquable et d’une simplicité qui n’est qu’apparente. Belle carte de vins de la région. Pronto pesce pronto Le patron de Alle Testiere, Luca, a ouvert en 2007 au marché du Rialto un coin traiteur. Idéal pour un dîner à bord de la pénichette. Renseignement au restaurant. Mistra’ La Giudecca Vue imprenable sur la lagune, cuisine vénitienne et ligurienne. Tél. : (+39) 041 52 20 743 Coup de cœur Orto Le seul et unique vin de Venise. À déguster dans les restaurants de la lagune (Locanda cipriani, Alle Testiere, hôtel Métropole). |





