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À la pêche à la perche du Léman (Suisse)
| 07-09-2009 Par Guillaume Gaultier La perche se pêche au filet et se déguste en filets, elle est du Lac comme sont de Vaud les vignobles du Lavaux et du Valais les asperges de Saillon : de tous les peuples de la Suisse, les Romands sont-ils les plus gourmands ? ![]() © Alen Méaulle En descendant du TGV à Lausanne, Montreux ou Genève, on se dirige naturellement vers le lac, irrésistiblement attiré par les quais et le cri des mouettes. Impossible de résister, de faire un détour, même par l’hôtel, de prendre un taxi : on a une irrépressible envie de contempler les bateaux blancs qui, drapeau au vent, jouent aux autobus, emmenant leurs passagers d’une rive à l’autre, d’un canton à celui d’à-côté. Il faut reconnaître qu’il est beau, ce lac : paisible, serein, très suisse. Il a, c’est sûr, des allures de bord de mer, un petit côté Deauville, un faux air de Croisette ou de Promenade des Anglais… Le temps y est comme arrêté, figé. Les promeneurs, sans s’en apercevoir, ralentissent le pas quand ils arrivent près de lui : il donne envie de lever le pied, de s’asseoir un instant pour discuter avec les cygnes, pour regarder le ciel, pour admirer, dans ses eaux bleues, le reflet des Alpes enneigées qui surplombent la rive française… Les Genevois l’ont entouré de banques et de joailliers : la nuit, il ressemble à un sapin de Noël, avec tous ces panneaux lumineux. Ils l’ont décoré d’un jet d’eau pour le rendre plus dynamique et ils l’appellent « de Genève », avec mauvaise foi, alors que les Romains l’avaient baptisé « de Lausanne ». ![]() © Alen Méaulle Par vignes et par VaudL’heure du déjeuner se profile. On s’attable dans une brasserie – que, dans l’arrière-pays, on appelle une Pinte –, on refuse évidemment la carte que le serveur nous tend : des filets de perche, s’il-vous-plaît, avec des frites, et « trois déci » de chasselas (comprenez trois décilitres, comme qui dirait un quart, à un demi déci près). Le chasselas constitue, avec les filets de perche, l’accord parfait. Il est né dans la région du Lavaux, sur la Riviera vaudoise, entre Montreux et Lausanne. Les vignobles de Lavaux, disposés en terrasse, ont été inscrits par l’Unesco sur la liste du patrimoine mondial. On raconte que le vin qui s’y épanouit profite de trois soleils : celui qui brille le jour, celui qui, caché dans les murs de pierres sèches, les réchauffe la nuit, et celui qui se réverbère dans le lac. Emmanuel Heydens, passeur de vin à Genève, connaît les meilleurs chasselas : il assure que ce cépage peu réputé permet « de se régaler facilement d’un truc tout simple », qu’il peut donner « des choses magnifiques ». Le chasselas s’appelle fendant à Genève et dans le canton de Vaud ; il devient perlant dans le Valais, qui n’a du lac qu’un tout petit bout de sept kilomètres et demi, mais qui en profite bien ! Tendre la perche aux touristesOn pense que la tradition des filets de perche date de l’après-guerre. Selon Pierre-Brice Lebrun, auteur d’un livre sur la perche du Léman, le premier restaurateur qui a inscrit à sa carte les « perches du Lac » tenait probablement auberge à La-Tour-de-Peilz, où il les servait désossées. La presse s’empare alors de l’idée ; elle correspond bien à l’air de temps, à l’envie de profiter de la vie et de ses plaisirs, les cafés et les pêcheurs se mettent au diapason. Aujourd’hui, chaque restaurateur assure écouler, en pleine saison, de 20 à 50 kilos de filets de perche par jour. Le filet de perche est devenu l’emblème du Léman et ni la féra du lac, ni l’omble chevalier, pourtant plus savoureux, n’arrivent à le détrôner. Il existe, pour la perche, des adresses réputées, comme l’Auberge du Raisin, à Cully, ou chez Monmon, dans le Valais. Le chef de l’Oasis, à Villette, les cuisine à la réduction d’oranges pressées pour changer de la recette classique, au beurre, nature… Même si chaque restaurateur a son petit truc pour tirer son arête du jeu et donner à ses filets un goût bien de chez lui ! Le Villette, toujours à Villette, les gastronomise, tandis qu’aux 3 Sifflets, où l’on sert le soir la fondue en faisant retentir l’hymne national, on a repris la recette de la Tour-de-Peilz. ![]() © Alen Méaulle Perche du Léman… et d’ailleursIls sont environ 150 pêcheurs professionnels à traquer la perche dans les eaux du lac. Mais il n’y en a pas assez pour répondre à la demande, qui, en plus, ne cesse d’augmenter. La pêche est réglementée, les plus petites perches (les perchettes) ne peuvent plus être pêchées, et il faut laisser les filets de pêche dans la remise pendant leur période de frai. Pierre-Brice Lebrun s’est interrogé sur les filets de perche dits « du lac » : d’après ses calculs, « environ 5 % des perches consommées autour du Léman ont réellement été pêchées dans ses eaux », ce qui a été confirmé par l’Office fédéral de l'environnement. La perche, c’est une chance, ne se pêche pas que dans le Léman : d’autres Lacs suisses en regorgent, au bord desquels on n’en mange pas, ou peu, parce que ce n’est pas la tradition, mais leur pêche ne suffit toujours pas… Les perches consommées autour du Léman sont donc en grand partie importées de Pologne, d’Estonie, de Russie ou de Lituanie, mais bien malin qui arrive à les reconnaître ! Une dernière chose : il y a mieux que les frites pour accompagner les filets de perche (des légumes, par exemple), mais c’est la tradition, et y succomber est parfois bien agréable, surtout quand elle est gourmande. N’oubliez pas la béarnaise, ou la sauce tartare ! Informations pratiquesSuisse Tourisme Tél. : 00 800 100 200 30 Du lundi au vendredi de 8 heures à 19 heures www.suisse.com Office de tourisme du canton de Vaud Tél. : +41(0)21 613 26 22 Vevey - Montreux Tourisme Tél. : +41(0)21 962 84 84 Genève tourisme Tél. : +41(0)22 909 70 00 Valais tourisme Tél. : +41(0)27 327 35 70 Emmanuel Heydens, Le Passeur de vin 24, rue de Zürich Genève Tél. : +41(0)22 994 20 20 À lire La perche du Léman, Pierre-Brice Lebrun, Les éditions des 4 chemins (2009), collection chemins gourmands (8,90 euros). Ce livre raconte l’histoire du Lac, de la perche et de sa pêche, qui remonte à la nuit des temps. Il propose quinze recettes pour accommoder les filets de perche, avec des accords qui mettent en vedette les méconnus vins suisses. Il suggère sur six pages une sélection d’adresses testées et approuvées pour aller rencontrer la perche chez elle, sur les rives du Léman. Quelques unes des bonnes tables sélectionnées par Pierre-Brice Lebrun Le Villette 199, route de Lausanne Villette (VD) Tél. : +41(0)21 799 21 83 3 Sifflets 1, rue du Simplon Vevey (VD) Tél. : +41(0)21 921 14 13 Le Café du Raisin Saint-Saphorin (VD) Tél. : +41(0)21 921 13 27 L’Oasis Rue du Quai Villeneuve (VD) Tél. : +41(0)21 965 60 20 Le Port Saladin 339, route de Lausanne Bellevue (GE) Tél : +41(0)22 774 18 00 Le Lacustre 336, route de Lausanne Bellevue (GE) Tél. : +41(0)22 774 10 02 Hôtel*** & restaurant Le Rivage (chez Monmon) Saint-Gingolph (VS) Tél. : +41(0)24 482 70 30 |





