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À la découverte du vieux Lille
| 16-08-2006 Par Emmanuel Tresmontant Cette année, la fameuse braderie se déroulera le week-end du 2 et 3 septembre. Munis de bonnes chaussures et d’un sac à dos, sans oublier un plan de la ville, vous serez fin prêts pour découvrir les 100 km d’exposants qui, 48 heures durant, transforment la capitale du Nord en une ville cosmopolite en pleine ébullition ! Mais si vous arrivez après la mêlée, ne soyez pas déçus : le vieux Lille vous apparaîtra dans toute sa splendeur. Notre conseil Laissez-vous porter dans les rues du vieux Lille, superbement restauré, qui abrite une multitude de boutiques passionnantes. Avec un peu d'imagination (celle que vous donneront les bières ambrées des Flandres !), vous sentirez la présence de Vauban, Racine, Louis XIV, d'Artagnan, Voltaire, Mozart et Berlioz qui y traînèrent il n'y a pas si longtemps leur rapière, leur plume, leurs guêtres… La place Rihour est le point de départ idéal de votre balade. Le palais Rihour, qui abrite le très énergique Office de tourisme, fut construit là entre 1454 et 1473 par Philippe le Bon. Tout, dans cet édifice, fleure bon le style gothique : belles fenêtres à meneaux, tourelle octogonale, salle des gardes voûtée d'ogives élancées (rez-de-chaussée), chapelle (dite salle du Conclave)... Vous rejoindrez ensuite la place du Général-de-Gaulle* par une allée piétonne. Ici, tout le monde l'appelle encore "Grand-Place" : c'est le lieu de rendez-vous habituel des Lillois (raison pour laquelle les terrasses des cafés y sont toujours bondées). Cette place était au Moyen Âge vouée au commerce, dont la Vieille Bourse baroque reste le symbole fastueux. Construit au 17e s. et restauré en 1995, ce monument est typique de l'architecture lilloise. Si vous en faites le tour, vous constaterez qu'il s'agit en réalité de 24 maisons de commerce dont les façades, magnifiquement ornées de fruits et de guirlandes, scintillent au moindre rayon de soleil. À l'intérieur, fleuristes et bouquinistes occupent les arcades en brique de la cour, Les Fleurs du mal de Baudelaire y côtoyant des brassées de tulipes fraîchement cueillies. C'est aussi le rendez-vous des joueurs d'échec et, le dimanche matin, des joueurs de tango. À l'angle de la Grand-Place, prenez la rue Esquermoise. Au numéro 25/27, se trouve la pâtisserie Meert, la plus ancienne et la plus belle confiserie de Lille (1761). Miroirs, arabesques et moulures dorées, balcons ciselés comme de la dentelle... Ce décor d'opéra date de 1839. Impossible de ne pas goûter la spécialité maison réputée dans le monde entier : les fameuses gaufres à la vanille de Madagascar (inventées en 1849), pour lesquelles le "grand Charles" avait un béguin particulier… Immédiatement à droite, la rue Du Curé Saint Etienne vaut le détour. Vous y trouverez le meilleur fromager de France 1996, Philippe Olivier, qui vous fera découvrir les excellents fromages du Nord : le maroilles brossée à l'eau salée, la mimolette vieille, le gouda extra-vieux, le mont-des-cats des pères trappistes, la tomme de Cambrai lavée à la bière, le rollot. Après avoir emprunté la rue Lepelletier, prendre la rue De la Grande Chaussée. Vous pourrez y admirer une superbe maison du 17e s. taillée dans la pierre calcaire et badigeonnée avec de la chaux ocre. Nombreuses boutiques de luxe. La rue Des Chats Bossus abrite la plus célèbre poissonnerie de Lille, L'Huîtrière, dont la façade Art déco est ornée de vitraux. À l'intérieur, de somptueuses mosaïques marines qui sont l'œuvre d'un artiste breton, Mathurin Méheut. L'Huîtrière est aussi le principal restaurant gastronomique de Lille. Autrefois, à la place des rues, il y avait des canaux. La ville s'appelait d'ailleurs l'Isle-en-Flandre. En empruntant, place Louise de Bettignies, le petit passage de la Treille, vous découvrirez les vestiges des ponts en bois (situés à l'arrière des maisons) qui enjambaient les canaux. La rue de la Monnaie (qui doit son nom à l'hôtel de la Monnaie élevé ici en 1685) est certainement la plus belle rue du Vieux Lille. Ses maisons en briques du 17e s. semblent tout droit sorties de tableaux flamands. Surtout, l'ambiance, la vie de quartier, la gentillesse des commerçants y sont communicatives. C'est pourquoi les Lillois s'y rendent même quand ils n'ont besoin de rien, juste pour flâner et discuter… Avec sa salle des Malades, sa chapelle et ses dépendances, l'Hospice Comtesse, fondé en 1237 par Jeanne de Flandre, vous plongera en plein Moyen Âge. Ce splendide édifice, incendié en 1468, fut reconstruit et agrandi aux 17e et 18e s. Ses collections (meubles sculptés et peintures flamandes, faïences et orfèvrerie) et sa cuisine recouverte de carreaux de Lille témoignent d'un véritable art de vivre du Nord. Après avoir emprunté la rue Au-péterinck, bordée de maisons habitées au 18e s. par des tisserands, dirigez-vous vers l'étonnante Cathédrale-Notre-Dame-de-la-Treille. Abritant une statue miraculeuse de la Vierge du 13e s., cette cathédrale fut commencée en 1854, mais la façade n'a été terminée qu'en 1999 par l'architecte lillois Pierre-Louis Carlier. Son idée, spectaculaire, repose sur une prouesse technique : la lumière pénètre dans la nef grâce à un voile de marbre translucide, tendu sur toute la façade manquante par des câbles d'acier. Inscrite au centre de ce voile, une grande rosace du peintre Kijno évoque le passage de la mort à la résurrection au moyen de matériaux luminescents. À noter aussi que le sous-sol abrite un musée d'art religieux contemporain rassemblant les œuvres d'Andy Warhol à Sergio Ferro. Une spécificité lilloise : "le double parcellaire" Le Vieux-Lille fourmille de maisons étroites toutes bâties sur le même modèle à la fin du 17e s. À l'époque, la ville était enserrée dans ses remparts et manquait donc de place pour loger ses habitants. Chaque maison était donc construite non seulement "front à rue" mais aussi en profondeur. Ainsi, en entrant dans les boutiques de la rue des Chats Bossus ou de la Monnaie, vous découvrirez une architecture étonnante, le local débouchant sur une cour, la plupart du temps couverte aujourd'hui d'un dôme de verre. Cette cour relie un second bâtiment, voire un troisième, souvent plus ancien. Ce jeu de passages, de dédales et de galeries en briques donne l'impression de maisons de poupées imbriquées les unes dans les autres. Il ne faut pas oublier non plus les extraordinaires caves voûtées du 17e s. si prisées des antiquaires ou transformées en lieu de restauration... Lille, décidément, est une ville à part. * Le Général de Gaulle est né à Lille en 1890. Pour en savoir plus |
