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L’arboretum de Chèvreloup
| 04-05-2009 Par Georges Rouzeau Adossé au nord du parc du château de Versailles, l’Arboretum de Chèvreloup, institution gérée par le Muséum national d’Histoire naturelle, demeure trop méconnu. Ses 205 ha abritent pourtant l’une des plus belles collections d’arbres d’Europe. ![]() © G. Rouzeau/ViaMichelin Tout à coup, juste avant d’emprunter une grande allée de noyers, la façade sud du château de Versailles apparaît sous un angle inédit. Un pic-vert file entre les cèdres du Liban ; un faisan détale en poussant son cri caractéristique. Derrière une palissade grillagée, on reconnaît l’une des entrées du Hameau de la reine Marie-Antoinette. Où sommes-nous ? En plein cœur de l’Arboretum de Chèvreloup : 2 500 espèces formant l’une des toutes premières collections d’arbres d’Europe sur une surface équivalente à celle du célèbre jardin britannique de Kew. À Versailles, tout commence toujours avec Louis XIV, et l’Arboretum de Chèvreloup n’échappe pas à la règle. Au début du 17e s., le souverain achète la plaine et le hameau de Chèvreloup qu’il fait entièrement détruire. Des murs sont élevés pour former une partie du grand parc des chasses de Versailles, à proximité du château. Restaurés à de nombreuses reprises, menaçant ruine à certains endroits, ces murs sont toujours là. Sous Louis XV, le botaniste Bernard de Jussieu crée un jardin botanique dans l’actuel parc de Trianon, en limite de Chèvreloup, jardin qui ne survit pas à la mort du roi. ![]() Sophora japonica jussieu © G. Rouzeau/ViaMichelin Parallèlement, dès la fin du 18e s., la place commence à manquer au Jardin des plantes de Paris, où la construction de galeries va bon train. L’idée d’une collection d’arbres plantée à Chèvreloup fait son chemin, mais il faut attendre les années 1920 pour que le projet prenne corps. En 1922, un décret ministériel confie le domaine de Chèvreloup au Muséum national d’Histoire naturelle, à charge pour cette institution d’y créer un arboretum. En 1924, les plantations commencent. Hélas, la crise des années 1930 ralentit leur rythme et, pendant la Seconde Guerre mondiale, l’Arboretum est transformé en potager pour les Versaillais ! Deux tiers des arbres plantés en 1924 ne résistent pas à une invasion de pommes de terre et de poireaux. Un nouveau plan de plantations, selon un zonage géographique, horticole et systématique (par genre, espèce, famille), est lancé en 1965. Douze ans plus tard, le parc ouvre ses portes au public. À Chèvreloup, tous les arbres des régions tempérées et froides de l’hémisphère Nord ont été acclimatés : l’Europe tempérée (217 espèces), le Caucase (37 espèces), certaines zones de Chine (500 espèces), le Japon et la Corée (460 espèces), l’Amérique du Nord (700 espèces). Les zones montagneuses des régions chaudes sont également représentées : cèdres de l’Atlas, pins, cèdres et rhododendrons de l’Himalaya. Quelques espèces du Chili et de l’Argentine représentent l’hémisphère Sud. ![]() © G. Rouzeau/ViaMichelin Chèvreloup constitue l’une des collections d’arbres les plus exhaustives au monde, le quart des espèces prospérant sous un climat tempéré y étant représenté. On y trouve aussi quelques spécimens extrêmement rares en Europe, voire uniques en France, comme le chêne d'Hinckley (Quercus hinckleyi) : 200 pieds seulement de cet arbrisseau du Sud-Ouest du Texas seraient encore dénombrés à l’état spontané. Descendant des plus vieux pins de l’Ouest américain, le pin aristé (Pinus aristata) est une jeune plante de 20 ans, rare en Europe ; ses parents ont plus de 3 000 ans et son bois a permis de préciser la fameuse méthode de datation au carbone 14. Chèvreloup abrite aussi certainement le plus beau chêne liège chinois planté en Europe. Chaque spécimen d’arbre possède sa singularité et diffère de son voisin par son port ou une subtile nuance de couleur. C’est toute la différence avec les arbres clonés chez un pépiniériste qui peuplent nos avenues, par exemple. Le visiteur circule librement – à pied ou à vélo – au milieu de ces chefs-d’œuvre de la nature, en suivant ou non les allées tracées qui serpentent paresseusement entre les bosquets d’arbres. Pas d’itinéraire imposé, pas de pelouse interdite : le promeneur herborise en toute liberté et peut même pique-niquer. Les enfants adorent. Grâce à ses 150 ha non accessibles, l’Arboretum de Chèvreloup représente aussi la dernière prairie de fauche de la plaine de Versailles, vierge de tout produit chimique. 350 végétaux herbacés et 40 espèces d’orchidées (dont certaines rares en Île-de-France) y prospèrent naturellement. Quant à l’étang artificiel, il attire notamment le pic-vert, le héron ou le col-vert. Moins fréquenté que les jardins du parc de Versailles, l’Arboretum est un éden à visiter d’urgence ! Arboretum de Chèvreloup30, Route de Versailles 78150 Rocquencourt. Tél. : 01 39 55 53 80 Ouvert du 1er avril au 15 novembre, les samedis, dimanches, lundis, mercredis et jours fériés, de 10h à 18h. Plein tarif : 2.50 €. Animaux domestiques interdits. Moyen d’accès : Autoroute A 13 : en venant de Paris, sortie Versailles Notre-Dame St-Germain. Suivre Parly II et tourner à droite après la sortie. À partir des 3 gares de Versailles : bus B ou H arrêt « centre commercial Parly II ». |



