TAMERZA: un palace berbère aux portes du Sahara

14-06-2010

Par Gauttier Battisttella

J’hésitais à vous en parler tant l’endroit est sauvage, enchanteur, précieux. Je veillais sur mon souvenir avec la jalousie de l’homme épris de son secret. Là-bas, je suis tombé amoureux des sables et du silence. À Tamerza, mes démons  n’ont pas survécu à la courbe des dunes, à la caresse du vent, au chant des hirondelles. J’ai bu la sérénité à sa source. Le désert était là, tout autour, tout entier. Le vide m’enveloppait et j’étais heureux.

 
C’est à Tamerza, faubourg de Tozeur, au pied de l’Atlas. Là-bas, au cœur du désert, est né un Palace, dont l’histoire débute en 1992. Mouldi Hached découvre à la fin des années 1960 dans un exemplaire de Paris Match une photo en double page des ruines du village de Tamerza, face à l’Atlas, délaissé à la suite de pluies diluviennes. Le village s’est déplacé, laissant le sable investir ses ruelles nues, désormais fréquentées par les touristes et les oiseaux migrateurs en route vers l’Afrique. Alors que le gouvernement tunisien incite à construire dans le sud touristique, Mouldi fait alors le pari du Sahara et des oasis des montagnes, loin de l’effervescence touristique. Le résultat, : un écrin ocre aux lignes raffinées qui laisse sans voix.
 
Mouldi Hached est un homme élégant, lettré, ami des arts et des terres arides. Sa présence flotte parmi les murs du palais, en harmonie avec le paysage rocheux qui l’embrasse. L’hôtel dispense l’aura des ksours ancestraux, ces forteresses de terres rouges, derniers remparts avant le désert et les scorpions. Le soleil et l’ombre jouent à cache-cache. De larges baies vitrées, ouvertes sur les sables, inondent de lumière les salles où se mêlent bois de palmier et pierres locales. En fin de journée, lorsque le soleil fait le dos rond sur les crêtes de l’Atlas, les fenêtres ornées de moucharabiehs en fer forgé répandent leurs ombres serpentines sur les tapis berbères.
 
Aujourd’hui, Mouldi a confié la direction de l’hôtel à son fils, Walid, qui a abandonné sa profession de financier pour rejoindre l’aventure familiale. Le jeune trentenaire mise sur la flore et le développement durable. Le Tamerza Palace bénéficie d’un environnement d’exception. L’exploration des dunes de Sable à dos de dromadaires est une expérience indispensable : je me souviens d’une errance céleste entre Nefta, ce point d’eau mythique qui joua un rôle de relais sur la route saharienne de l’or, et le plateau d’Ong J’Mel, lieu de tournage d’ « Indiana Jones », de « Star wars » ou du « Patient Anglais ». Au loin, la mer asséchée Chot El Jérid étincelait des cristaux de sel, diamants du désert. À midi, alangui sur un tapis berbère au cœur d’une palmeraie, j’ai dégusté un déjeuner champêtre sous les trilles de merles moqueurs. Plus tard, j’ai confié mes courbatures aux mains des masseuses (toutes recrutées localement, mais bénéficiant d’une formation de plusieurs mois) pour un massage pluie du désert à l’huile de Bargoug. Le spa de 1000 mètres carrés (inauguré fin 2008), pensé comme un cocon à ciel ouvert, renoue avec les rites ancestraux du hammam. Les soins exclusivement manuels sont réalisés avec des produits naturels d’inspiration locale et ethnique : eaux florales de romarin, lavande, fleur d’oranger et de rose, masques au thym, essences de citron, baumes au néroli, huiles de calendula miel et vanille… C’est en lévitant sur un nuage soyeux que j’ai regagné ma chambre en attendant le dîner…
 
Et quel dîner ! Mille et une chandelles faisaient vaciller les ruines de l’ancien village. Guidés par la mélodie suave de la gasbâ, la flûte traditionnelle des Bédouins, les pèlerins gastronomes ont pénétré l’âme du «village endormi », éclairé d’une pluie de larmes dorées. Le dîner s’est déroulé aux rythmes enivrants d’un orchestre maalouf, entouré de danseuses orientales. Au menu : tajines aux petits pois, coucous à l’agneau, ragoût de dromadaire…
 
 
Hôtel Tamerza Palace &spa
Hôtel Tamerza Palace, 2212 Tamerza (Gouvernorat de Tozeur)
Renseignements : Rue Mohamed Badra, 1073 Tunis Montplaisir (Tunisie)