Le Bilan Carbone® commence à porter ses fruits

05-01-2009

Par Emmanuel Tresmontant

Initialement conçu pour lutter contre le réchauffement climatique, le Bilan Carbone® a d’ores et déjà permis à plusieurs centaines d’entreprises françaises de commencer à réduire  leur consommation d’hydrocarbures. Pour Rémi Marcus*, cofondateur d’ECO2 Initiative, le succès du Bilan Carbone® est la preuve que la baisse des émanations de gaz à effet de serre est aussi un vecteur de développement économique…

Une démarche volontaire et citoyenne

L’ADEME est un établissement public chargé de relayer les politiques publiques en  matière énergétique et de protection de l’environnement. Cette agence a pris un essor important à la fin des années 1990. « Le Bilan Carbone®, nous explique Rémi Marcus, est l’inventaire des émissions de gaz à effet de serre liées directement ou indirectement à l’activité d’un ou de plusieurs sites. Ces gaz à effet de serre émanent notamment du transport des personnes, mais aussi du transport de fret et du traitement des déchets. »
 
Le Bilan Carbone®, toutefois, ne se contente pas d’être une méthode scientifique de traitement des données aboutissant à un calcul des émissions de gaz à effet de serre. « Fondamentalement, insiste Rémi Marcus, il est conçu pour mettre en place un véritable plan d’action. »


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Ainsi le Bilan Carbone® permet-il d’identifier et de s’attaquer aux postes les plus dispendieux en termes de consommation d’hydrocarbures.  Par exemple, appliqué à une entreprise X, le Bilan Carbone® recense et comptabilise les déplacements des personnes mais aussi le transport de fret (qu’il s’agisse du transport en provenance des fournisseurs ou de la distribution des produits aux clients). Partant de l’analyse de ces données, la question posée aux dirigeants est alors celle-ci : tous ces déplacements constituent-ils de vrais enjeux pour l’entreprise ? Ou peut-on en faire l’économie ?
 
« La collecte des données, nous précise Rémi Marcus, permet en fait de comprendre comment l’entreprise est organisée et comment on peut réduire ses consommations directes et indirectes d’hydrocarbures dans une logique de réduction des coûts à court, moyen et/ou long terme, cette logique allant de pair avec une réduction des émissions. »
Pour ECO2 Initiative, le but est de préconiser « des solutions pratiques et économiques, comme le télétravail et le report des transports de fret par avion (extrêmement émetteurs et donc promis à des coûts de plus en plus élevés avec le temps) au bénéfice du bateau. »
 
Le Bilan Carbone®, dans de nombreux cas, est aussi pour l’entreprise une prise de conscience : « on identifie les postes sur lesquels il y a du gâchis, on remet en question certaines pratiques obsolètes. Beaucoup d’entreprises ont ainsi remis en cause leur usage de l’avion pour les vols court courrier au profit du train, moins émetteur, et dans lequel le temps de voyage peut être un temps utile. »
 
Le Bilan Carbone®  apporte aussi à l’entreprise un gain d’image indéniable auprès du public et des partenaires éventuels. Il n’est cependant pas à ce jour une obligation légale comme on l’a écrit trop souvent. La loi dite « Grenelle 1 » envisage que l’État puisse rendre ce Bilan Carbone® obligatoire pour les entreprises de plus de 500 salariés d’ici 2013 mais c’est le projet de loi dit « Grenelle 2 » qui le déterminera. L’ADEME promeut et subventionne le Bilan Carbone à hauteur de 50 % (soit environ 7 500 euros HT maximum ). Le coût du Bilan Carbone® ne change pas forcément selon la taille de l’entreprise mais en fonction de la complexité de l’étude (nombre de sites et sources d’émissions de CO2 à recenser). Il peut aussi être réalisé en interne par l’entreprise elle-même moyennant une formation préalable du personnel.

L’exemple de La Poste

Outre le Ministère de l’Économie et des Finances (suivi dans la foulée par tous les autres ministères), des centaines d’entreprises françaises ont d’ores et déjà réalisé un Bilan Carbone® (1200 rien que sur l’année 2008), à l’image de TF1, du Château Palmer (3ème grand cru de Bordeaux), de Courtepaille, d’Arteprint (PME d’imprimerie) et de Centaure (réseau national de centres de formation à la sécurité routière).
 
Un exemple éloquent de réduction à grande échelle des consommations de carburant pour les transports est celui donné par La Poste qui, en avril 2007, s’est engagée à réduire de façon drastique sa consommation d’hydrocarbures. Forte de 60 000 véhicules répartis sur 16 000 sites, La Poste a ainsi lancé une consultation internationale pour la fourniture de 500 voitures électriques destinées à la distribution du courrier avec un objectif de 10 000 d’ici 5 ans si l’expérience réussit. Le 18 mars dernier, La Poste a également commandé 300 quads électriques avec un objectif de 3000 d’ici 2012. Sa politique volontariste visant à diminuer les émissions de COl’a par ailleurs conduit à généraliser la formation de l’éco-conduite auprès des 10 000 facteurs, soit 400 formations par semaine. L’objectif est d’initier à l’éco-conduite 60 000 personnes d’ici la fin 2009. Cette politique a permis d’économiser 8 % d’hydrocarbures et a réduit de 10 % les émissions de CO2. Autre bonne nouvelle : La Poste a enregistré une baisse de 50 % de ses accidents de la route !
 
Dans tous les cas, selon Rémi Marcus, « une entreprise comme ViaMichelin, qui propose des itinéraires sur-mesure, a vocation à jouer un rôle important en incitant l’automobiliste à réduire son nombre de km et sa consommation ».
 
*Polytechnicien et physicien de formation, Rémi Marcus est le cofondateur et le directeur associé d’ECO2 Initiative, agence créée en 2006 qui conseille les entreprises et les collectivités dans la mise en œuvre de leurs démarches de développement durable. ECO2 Initiative est habilitée à utiliser l’outil Bilan Carbone® de l’ADEME.

Pour en savoir plus

www.eco2initiative.com